Turquie: Plusieurs journalistes du quotidien d’opposition Cumhuriyet arrêtés, dont le dessinateur Musa Kart

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Lundi 31 Octobre 2016, une dizaine de collaborateurs du principal journal d’opposition turc Cumhuriyet ont été arrêtées par la police, après que leurs maisons aient été fouillées. On compte parmi ces personnes le rédacteur en chef Murat Sabuncu, l’avocat du journal et le dessinateur Musa Kart.

Le domicile de ce dernier a été perquisitionné vers 5h du matin. Musa Kart s’est ensuite rendu au poste de police, apparemment accompagné de son avocat, pour un interrogatoire. Ce n’est pas la première fois que le caricaturiste subit les foudres du régime – en 2014 par exemple, suite à la publication d’un dessin dans Cumhuriyet critiquant Erdogan et le fait qu’il avait fermé les yeux sur une affaire de blanchiment d’argent rendue publique, Musa Kart avait été placé en examen, et risquait 9 ans de prison. Il a finalement été acquitté.

Au moment de son arrestation, Musa Kart a ainsi résumé la situation:

    « Pendant des années, j’ai essayé de transcrire ce que nous vivons dans ce pays sous la forme de caricatures, aujourd’hui il me semble que je suis entré dans l’une d’elles. (…) Quelles explications vont-ils donner au reste du monde? Je suis emmené en garde à vue parce que j’ai fait des dessins! »

Mardi 1er novembre, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées en signe de protestation près du siège du quotidien d’opposition Cumhuriyet, devenu l’un des derniers symboles de la liberté de la presse en Turquie.

Le chef du parquet d’Istanbul a quant à lui déclaré que les personnes arrêtées étaient suspectées d’avoir commis des crimes pour le compte du mouvement Gülen – accusé notamment par le gouvernement d’avoir préparé le récent coup d’état manqué.

Ces arrestations surviennent dans un contexte de plus en plus tendu en Turquie, alors que l’étau autour de la liberté d’expression se resserre. Plus de 700 journalistes ont vu leurs cartes de presse révoquées depuis juillet. Plusieurs agences de presse, journaux et magazines ont été fermés lundi.

    « Cumhuriyet est de nouveau frappé par la répression, quinze médias sont encore liquidés, et presque plus personne n’est là pour en témoigner », a déclaré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF.

    « Si la Turquie ne cesse pas de se servir de l’état d’urgence pour assassiner la liberté de la presse, il sera bientôt trop tard : au rythme où s’abat la répression, le pluralisme ne sera rapidement plus qu’un lointain souvenir. Prend-on assez conscience du basculement majeur qui s’opère dans ce pays où plus aucun média n’est à l’abri de cette purge sans fin? »

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