Rencontre avec la censure

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Mohamed Filali, ce natif d’Essaouira qui, à l’âge de 19 ans, décide de « monter » à Rabat pour y chercher fortune, armé de ses seuls talents de perdues. Nous sommes en 1969. Et comme il fallait bien gagner sa vie, le jeune Mohamed proposa quelques caricatures au quotidien l’Opinion.

Séduits par le coup de crayon aussi audacieux qu’intelligent, les dirigeants de l’organe de l’Istiqlal allaient rapidement l’embaucher.

Et voilà, Mohamed, bombardé dessinateur caricaturiste, qui se fait rapidement remarquer par des planches de plus en plus osées. Il se rappelle toujours de sa première caricature clairement engagée : le dessin représentait un homme et son petit garçon qui lèvent les yeux vers un personnage flottant dans les airs, une serviette à la main. Ce dernier ressemblait étrangement au ministre des Finances de l’époque. Dans les bulles, l’enfant disaità son père « Regarde papa, il vole ». « Mais il vole quoi ? », répondait le père. « C’est passé sans que la censure ne s’en mêle », se souvient Mohamed Filali.

Rencontre avec la censure

Une bonne raison pour s’enhardir et oser des dessins de plus en plus incisifs. « Les autorités étaient toujours promptes à censurer les écrits. Mais c’était plus compliqué quand il s’agissait de dessins. Ce n’était après tout que des « mikiates ! » Cela durera jusqu’au jour où il commettra une case ouvertement anti-américaine, critiquant l’engagement des Etats-Unis au Viet Nam ; puis une autre attaquant le gouvernement algérien. Il n’en fallait pas plus pour que l’on s’intéresse plus à son cas. Mohamed Filali échappe à une tentative d’enlèvement, et l’exposition « accidentelle » de sa voiture lui causera quelques brûlures, mais coûtera sa vie à la personne qui l’accompagnait.

Le message est clair.

Hicham Smyej

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