KACI MET LES VOILES !

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El Jadida, Alger, Sofia, Paris, New York, Saint Domingue, le dessinateur globe-trotter de talent, Rachid Aït-Kaci, qui avait fini par poser ses valises dans la capitale française, vient de repartir, pour son dernier voyage. Celui que ses amis surnommaient « l’arabe errant » (lui disait « l’art aberrant »), était un artiste dans l’âme, qui avait fait de sa vie un exil continuel.
Natif de Mostaganem, troisième d’une fratrie de huit enfants, Kaci passe toute sa jeunesse à El Jadida où son père dirigeait le collège Mohamed Rafy. A Alger, qu’il regagne avec sa famille dès l’indépendance de l’Algérie, il  fréquente l’École des Beaux-Arts, avant de s’inscrire à l’Académie des Arts appliqués de Sofia, en Bulgarie, dont il était diplômé.
Dès 1965, Kaci signe ses premiers dessins dans Algérie-Actualités. A la même époque, émergent aussi les futurs grands noms du dessin de presse, Slim, Maz, Bouslah, entres autres. Très vite, Kaci impose non seulement son style mais surtout son regard sans concession sur  le monde arabe et musulman. Précurseur, il modernise le dessin de presse et la caricature, en y introduisant de nouvelles techniques et une utilisation inédite de la couleur. Il est publié dans de nombreuses revues, dont Jeune Afrique, Libération, The New York Times, Le Courrier International, Sciences et Vie, ou encore Play Boy, le passage obligé des dessinateurs de talent !
En 1984,  Kaci publie « Bas les voiles », album de dessins muets qui en disent long sur la condition des femmes arabes condamnées à l’enfermement dans un corps voilé, parce que féminin. Une œuvre visionnaire, d’une brûlante actualité, plus de trente ans après !
Primé plusieurs fois, notamment à Montréal en 1982 ou encore au Festival de l’humour vache à Saint-Just-le-Martel 1988, Rachid Kaci reçoit enfin l’hommage qu’il méritait de son pays natal, lors du 6e festival international de la bande dessinée d’Alger (Fibda), en octobre 2013. Il y reçoit le Prix d’honneur. De là est née l’idée d’un bel album retraçant tout le parcours de Kaci, largement illustré de ses meilleures planches. Récemment paru aux Éditions Dalimen, le livre est signé de Salim Koudil, qui dédie ce livre « avant tout aux algérien, jeunes et moins jeunes, pour leur permettre de connaitre ce personnage atypique au parcours incroyable.». Bon vent l’artiste !

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